Mouvement politique des objecteurs de croissance (mpOC)

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L’Escargot déchaîné n°16

mpOC | Posté le 1er novembre 2013

Edito : nous recherchons des poètes

J’ai relu il y a peu le texte de l’Internationale. Ce qui m’a le plus frappé n’est pas, bien que cela soit pourtant le cas, qu’il est toujours d’actualité. Ce qui m’a le plus frappé, c’est que c’est un beau texte. Un texte rempli d’espoir, un texte capable en quelques paragraphes de donner une direction où aller en chantant.

Nous pensons souvent que nous manquons de connaissances, de spécialistes sur divers sujets aussi variés que le nucléaire, l’économie ou la sociologie pour que nos Mouvements aient une finesse d’analyse similaire à celle que déploieraient les partis politiques. C’est possible, mais ce ne sont pas les spécialistes qui donnent du sens aux choses que nous vivons. Un économiste pourtant proche des idées m’a récemment expliqué, par exemple, que les donneries pouvaient être rationalisées afin de supprimer tout gaspillage. Allons-nous vers une décroissance qui compte chaque sous, une décroissance radine, une décroissance du contrôle, une décroissance sans joie et sans jours de fête car il faut être efficace et compter ? Allons-nous vers une décroissance de spécialistes, une décroissance qui nous dise à coup sûr ce que nous devons faire et ce que nous ne devons pas faire ? Une décroissance qui sache mieux que notre cœur ce qu’il faut que nous fassions ?

Nous avons certes besoin de spécialistes, d’économistes et de physiciens. Mais nous avons aussi besoin de personnes capables de faire de la décroissance un chemin sur lequel on ait envie de s’engager. Nous avons besoin, dans ces temps de plus en plus sombres, de personnes qui égaient la nuit avec des lanternes, qui éclairent le chemin avec des étoiles, qui, aussi faibles soient-elles, rappellent que l’heure la plus sombre de la nuit est celle qui précède l’aube.

Nous avons besoin de poètes qui chantent le présent et l’avenir. Qui nous disent avec des images de poètes de nous mettre debout, de nous réveiller, de marcher. Je dis souvent que nous savons qu’il n’y aura pas de grands soirs et de lendemains qui chantent. Mais nous avons besoin de poètes pour célébrer nos petits soirs, et toutes les petites chansons du quotidien : ce qui pousse au potager, la main qui donne, le repas pris en commun, la beauté des feuillages en ce mois d’octobre. Nous avons aussi besoin de mots forts pour dire ce qui nous opprime et pour chanter que nous voulons être libérés.
Nous avons besoin de poètes parce que ce sont eux qui vont réinventer les mots de l’émancipation. Quand Etienne de Callataÿ affirme haut et fort dans LLB du 26 et 27 octobre qu’il faut d’une certaine manière sanctionner ceux qui n’ont pas choisi une formation qui permette de les employer de suite, c’est un peu cela qu’il dit : attention, un homme ou une femme de lettre, un philosophe, un artiste, un théologien, un graphiste… cela ne sert à rien, c’est subversif. Je ne peux que lui donner raison sur ce point : ces personnes sont dangereuses pour le Capitalisme, et c’est tant mieux ! Sortons de cet utilitarisme, et inventons les mots qui sortent du système, inventons les paroles de la Décroissance heureuse.
En espérant que dans 150 ans, ces paroles inspirent à nos descendants de nouveaux chants de libération et de force.

Marie-Eve Lapy-Tries

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