Mouvement politique des objecteurs de croissance (mpOC)

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Rentrée politique ou rentrée électorale ?

mpOC | Posté le 6 septembre 2013

Sur les ondes de la RTBF, Didier Reynders nous disait ce mardi en substance « après les élections 2014, reprenons les mêmes partenaires au gouvernement et appliquons un programme libéral ». Monsieur Reynders aurait tout aussi bien pu nous suggérer de supprimer les élections : nous sommes en période de crise, ça coûte cher, et puis le peuple risquerait de ne pas être raisonnable…

il pourrait voter pour des nationalistes flamands, des socialistes wallons ou pire, pour des partis « populistes de gauche ». Il faut dire qu’avec les élections, les machines de guerre que sont les partis politiques tournent à plein régime. Leur présence dans les médias relève du spectacle permanent, mais on est en droit de se demander ce que le citoyen a comme prise sur tout cela, lui qui pourtant vit en démocratie et devrait donc, comme disait sagement Aristote, être capable tour à tour de gouverner et d’être gouverné. Il faut dire qu’être citoyen, ce n’est plus très à la mode. La publicité commerciale à laquelle tout le monde est confronté contre son gré à moins de vivre reclus, nous inciterait plutôt à être des consommateurs passifs. Pour d’autres, les personnes doivent s’intégrer au monde économique, et cela donne des ratiocinations afin de déterminer qui est un parasite et qui ne l’est pas, comme si la valeur d’un homme se mesurait à sa participation au système économique ! Je fais pourtant le pari ici de m’adresser au citoyen (et non au particulier qui vit selon ses seuls intérêts) et au peuple qui s’est donné une constitution et un régime politique (et non à la population, cet agrégat d’intérêts particuliers). J’encouragerai donc le citoyen et le peuple à se mêler de politique, c’est-à-dire ce qui le regarde, et je lui annonce ce qui sera peut-être un scoop : faire du politique, ce n’est pas seulement participer aux élections.

Le Mouvement politique des objecteurs de croissance ne sera pas présent dans l’arène du cirque électoral en 2014. Nos membres cependant tiennent fermement à ce que nous restions un mouvement politique, c’est-à-dire que nous nous mêlons de la manière dont nous souhaiterions gouverner et être gouvernés. Et justement, là, en tant que citoyens, nous tirons la sonnette d’alarme. Nous souhaitons attirer l’attention sur le fait qu’il n’y a plus rien de politique dans la rentrée politique. Il y a juste du spectacle. Il y a juste des gens qui souhaitent des voix pour continuer à occuper les postes qu’ils ont toujours occupé et que, pour bon nombre d’entre eux, leurs parents occupaient déjà. Le rite est extrêmement bien rôdé : menaces, ententes, rapports de forces, sorties médiatiques, on nous sert le même menu régulièrement. On se demande d’ailleurs pourquoi on vote encore puisqu’il y a les sondages qui permettent déjà de connaître à l’avance qui a gagné, qui a perdu. Pendant ce temps, les questions de fond, les questions politiques, elles, ne sont pas traitées, il n’y a plus de place pour elles dans l’arène du cirque électoral. Comment va-t-on résoudre la crise économique, sachant qu’une croissance infinie est impossible dans un monde limité ? Le pic de plusieurs matières premières est déjà atteint. Comment résoudre la question sociale posée par la récession dans une société croissantiste ? Comment, donc, organiser une société du bien-vivre qui tienne compte du plus simple des principes de réalité ? Comment va-t-on faire face à la chute de la biodiversité et aux dérèglements climatiques ? Et enfin, comment organiser une réponse démocratique à tous ces défis, une réponse qui ne passe pas par la loi du plus fort (répression militaire et policière), qui ne passe pas par la répression économique (si tu as de l’argent, tu t’en sors, sinon… tant pis pour toi) mais au contraire, assure à chacun un niveau de vie acceptable, sachant (il est utile de le rappeler) que tous les êtres humains sont ontologiquement égaux ?

Pour nous, la démocratie, c’est le débat. Il faut restituer au peuple tous ces concepts pour que les gens en parlent. C’est ce que font les mouvements décroissants largement de par le monde, en organisant, par exemple, des (F)estives, comme celles qui ont eu lieu à Notre-Dame des Landes cette année et à Rossignol en Belgique en 2012, comme les démarches pour l’après-croissance et bien d’autres choses encore. Dans ce contexte, le dialogue, le travail avec le plus grand nombre possible d’associations est une nécessité pour faire face aux différentes crises que nous vivons . Pour nous, la démocratie, c’est se mêler de ce qui nous regarde. Ainsi, là où nous vivons, nous essayons de mettre sur pied des initiatives qui améliorent la vie de tous, sans vouloir de contrepartie en termes de pouvoir. Ainsi, par exemple, différentes donneries ont été mises sur pied dans une trentaine de villes belges, en dehors des partis politiques, en dehors des pouvoirs communaux. Pour nous, la démocratie, c’est de vivre dès maintenant comme nous estimons juste de vivre. Cela passe par l’éthique individuelle, bien sûr, mais aussi par une foule d’initiatives citoyennes : potagers collectifs, AMAPs, groupes d’achat en commun, coopératives d’économie sociale… Nous insistons sur le fait que toutes ces initiatives sont politiques. Elles répondent ici, et maintenant, avec les moyens du bord aux questions posées de plus en plus instamment par la crise que nous traversons.

Est-ce à dire que nous sommes contre toute participation électorale ? Ce n’est pas le cas, mais nous mettons en garde les citoyens contre les dérives promises par le système dans lequel nous vivons. Participer aux élections de nos jours impose, même si on est un tout petit parti, de s’interroger sur le carriérisme politique, sur la manière dont le pouvoir va être géré, sur la volonté, ensuite, de se maintenir au pouvoir à cause notamment des budgets alloués aux partis qui disposent de représentants. Nous comprenons cependant bien ceux qui choisissent le combat électoral, si c’est pour remettre en cause le système en proposant, par exemple, des conférences citoyennes et pour porter les questions posées par les crises multiples sur la scène publique. Nous constatons que les partis de gouvernement sont incapables depuis quarante ans de gérer les crises économique, écologique, politique et sociale que nous traversons. Nous constatons que les petits partis peinent à faire entendre leur voix au milieu des vaines vociférations des plus gros. Nous souhaitons donc faire du politique autrement, sachant qu’il ne faut pas croire aux grands soirs et aux lendemains qui chantent, nous croyons à la nécessité de mettre tout de suite nos mains dans le cambouis, de faire immédiatement notre part de colibris, en espérant de petits soirs possibles et surtout, nous voulons commencer à chanter tout de suite. Optons donc pour le politique plutôt que pour l’électoral, et choisissons de passer une passionnante année pleine de débats, d’expériences et de démocratie.

Marie-Eve Tries, porte-parole du Mouvement politique des objecteurs de croissance

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