Mouvement politique des objecteurs de croissance (mpOC)

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L’Escargot déchaîné n° 15

mpOC | Posté le 21 août 2013

Edito : c’est quoi les vacances ?

Vous vous en doutez, ma définition des vacances n’est pas de partir en citytrip avec trajet en avion. Loin de moi de même l’idée de voir un maximum de choses en un minimum de temps ou de profiter de ce peu de temps libre pour faire les soldes pendant 15 jours, soudainement atteinte de fièvre acheteuse. Qu’ai-je donc fait, moi, objectrice de croissance, de mes vacances ?

Tout d’abord, n’ayant pas d’emploi rémunéré, je dispose de beaucoup de temps. Les vacances et « le reste de l’année » ne sont pas autant séparés, il n’y a pas de saut qualitatif. Disons que pendant ce que j’appelle « vacances », mes enfants sont tous là. Cela change pas mal de choses.

Tout d’abord, il me faut beaucoup, beaucoup plus de temps pour faire l’Escargot déchaîné. C’est ainsi que vous recevez une version light et en retard, parce qu’entre temps, j’ai réparé un crocodile gonflable, expliqué que casser l’œuf avec sa coquille ne permet pas de faire un gâteau, identifié une sauterelle coupable d’avoir fait paniquer les enfants du voisinage et, faut-il le préciser, joué l’ONU dans plusieurs conflits territoriaux graves menaçant de dégénérer.

Pendant les vacances, nous faisons le potager, qui lui, ne prend pas de vacances. Les limaces n’en prennent d’ailleurs pas non plus.
Pendant les vacances, nous dormons beaucoup. Nous éteignons les réveils et nous levons quand nous le sentons. Les enfants peuvent sortir pieds nus dehors, en mangeant le petit déjeûner. On redécouvre les toiles d’araignées couvertes de rosée, on guette les premières fleurs d’un buisson.

Pendant les vacances, je vais au marché avec les enfants. Cela aussi est un exercice de lenteur, parce qu’il faut s’arrêter au marchand de plantes, au marchand d’animaux, au marchand de brol du Pérou, au marchand de tissus… et surtout, il faut goûter tous les trucs qu’on peut goûter. Pour mes enfants, c’est même ça le plus important, au point que cela remplace le repas de midi.

Pendant les vacances, je marche lentement, au rythme des pas d’un bambin. Je réapprends à m’étonner de la lune, de l’eau qui tourne quand on retire le bouchon, du V derrière le bateau qui navigue… tout en laissant au papa le soin de répondre à la question « Pourquoi ».

Bref, pendant les vacances, je n’ai rien fait d’extraordinaire. Pourtant, quand ma voisine m’a demandé tout à l’heure si j’attendais la rentrée pour « avoir la paix quand ils sont à l’école », j’ai répondu « non ». Non parce qu’on va devoir se presser le matin, sortir dans le froid, croisant d’autres mamans tenant par la main d’autres enfants, vêtus comme des cosmonautes, le bras à la verticale, les petits pieds touchant à peine le sol en disant les mots qui cassent toute la magie de l’instant, mais dont j’avoue me rendre moi-même coupable : « dépêche-toi, mais dépêche-toi donc, nous allons être en retard ! »

Marie-Eve Lapy-Tries

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