Mouvement politique des objecteurs de croissance (mpOC)

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Position du mpOC sur le mouvement des « indignés »

mpOC | Posté le 1er juillet 2011

Nous sommes, nous aussi, indignés...

Cela a commencé de l’autre côté de la Méditerranée puis a gagné l’Europe avec l’Espagne, la Grèce et l’Islande. Des courants de protestation naissent à travers le monde et clament haut et fort que la population ne veut plus de la mondialisation néolibérale et qu’un autre monde est possible. Ce cri a gagné la Belgique et des « indignés » se rassemblent à Bruxelles, Liège, Gand, Louvain, Namur, Anvers.

La certitude qu’un autre monde est souhaitable est aussi le moteur des membres du Mouvement politique des objecteurs de croissance (mpOC). Bien que les « indignés » refusent fort justement toute tentative de récupération nous souhaitons cependant dire ce que nous partageons profondément avec eux en tant qu’objecteurs de croissance.

Nous sommes, nous aussi, indignés par la situation politique actuelle. Nous déplorons l’illusion de choix que donnent les élections dans un système qui pousse à la déresponsabilisation des citoyens. Les liens humains sont détricotés tous les jours dans un système qui crée la compétition et l’atomisation des individus. Les citoyens sont désabusés devant la quasi équivalence des politiques menées par les partis au pouvoir. La réflexion de Monsieur Tobback, bourgmestre de Louvain, qui traite les indignés de « gosses gâtés » montre l’absence totale d’écoute des protestations des gens. C’est inacceptable. Face à l’absence de lieux de démocratie directe, nous partageons le diagnostic qui impute la déliquescence de nos démocraties au fait que des parts de plus en plus importantes de pouvoir sont confiées à des instances non démocratiques : la Commission Européenne, le « marché », l’OMC... enfermées dans une logique croissantiste et productiviste qui prive le citoyen de toute possibilité de se prononcer sur les grands enjeux sociétaux. Comme les « indignés », nous encourageons chacun à se mêler de ce qui le regarde, à se réapproprier la place publique et à débattre des grandes questions de société. Comme eux, nous ne proposons pas de solutions toutes faites et nous pensons qu’elles sont à construire ensemble.

Nous nous indignons avec force du fait que le véritable pouvoir est confié à la finance et, plus généralement, à l’Argent, aux capitalistes. Nous nous prononçons contre un système qui veut que chaque individu cherche son profit maximal au détriment d’autrui, en remplaçant la solidarité par la compétition effrénée et les liens humains par la consommation de masse. Nous nous indignons de l’étalage de richesse de quelques-uns devant la pauvreté du plus grand nombre. Nous nous indignons devant les plantureux bénéfices des uns tandis que les autres subissent de plein fouet les « cures d’austérité ». Nous nous indignons de voir les « rejetés du système », chômeurs ou travailleurs précaires, se voir retirer leurs revenus et culpabilisés de leur propre situation quand nous pensons que chaque vie humaine mérite d’être vécue en dehors de toute considération économique. Bref, nous refusons le pouvoir de l’argent, et comme les « indignés », nous souhaitons reprendre le contrôle politique et soumettre l’économie à la démocratie et non l’inverse.

Nous sommes, nous aussi, indignés par la situation sociale actuelle. Les maladies liées au mode de vie occidental et aux diverses pollutions font des ravages : l’incidence de l’asthme, des allergies, de l’obésité, du cancer et des troubles neurologiques est en croissance constante. L’insécurité sociale frappe également : nombreux sont ceux qui vivent des épisodes d’épuisement professionnel dus au stress et au rythme frénétique imposé par le diktat de la compétitivité. Tout aussi nombreux sont ceux qui sont exclus du marché du travail et vivent l’opprobre ; les inégalités sociales se creusent et la misère croît aussi bien dans les pays riches que dans les pays pauvres. L’enseignement, la médecine, l’aide sociale, tout jusqu’à l’animation de la vie de quartier est régi par une bureaucratie lourde et une logique économique implacable qui déshumanise les individus.

Tout cela provoque une grave crise de sens. Le tourbillon du productivisme et du consumérisme nous fait perdre la conscience du rétrécissement de notre liberté qui se limite à celle de choisir parmi les produits des marques commerciales. Le sens véritable de la vie, qui est quête en soi, est évacué. Continuellement occupés, agités, divertis, nous n’avons plus le temps de réfléchir alors même que nous consommons des biens, des services et nos relations. Le système nous pousse à chercher notre plus grand profit au détriment de la solidarité. Branchés sur des médias de masse qui procurent une illusion de présence, nous constatons avec impuissance notre difficulté d’être, tout simplement, avec nous-mêmes et nos semblables.

Face à cela, comme les « indignés », nous refusons qu’une société obnubilée par la hiérarchie et l’expertise nous impose de l’extérieur des solutions toutes faites. Nous voulons décider nous-mêmes de la marche de nos existences, en prenant éventuellement le conseil des experts.

Comme les « indignés », les objecteurs de croissance veulent vivre, vraiment vivre, et se réapproprier le sens de leurs propres vies. Nous pensons que quiconque se tient ou est tenu à l’écart de l’exercice concret de l’activité politique - comme le sont la majorité des « citoyens » dans nos démocraties représentatives - se voit nier l’exercice de sa liberté fondamentale. Nous ne pouvons donc pas nous détourner sous un quelconque prétexte, qu’il soit consumériste ou de crispation sur des intérêts particuliers, de la priorité donnée à l’humanité en notre propre personne et en la personne d’autrui.

La société que nous voulons construire devra être à même d’éveiller le désir d’humanité et d’offrir les conditions sociales de liberté, de pluralité, de disponibilité et d’éducation permettant aux hommes et aux femmes d’accomplir leur épanouissement personnel. « Nous sommes ce que nous cultivons en nous », et nous savons qu’il est possible de cultiver collectivement l’intelligence, la créativité et la volonté des êtres humains de participer à un changement de culture radical, valorisant l’être et la solidarité humaine plutôt que l’avoir et l’individualisme.

C’est en raison de ces points communs fondamentaux que le Mouvement politique des objecteurs de croissance souhaite se ranger du côté des « indignés », en toute humilité et sans vouloir récupérer un mouvement qui n’est pas né de nous-mêmes mais qui porte en germe ce que nous appelons de tous nos vœux : la possibilité d’un autre monde.

Pour le Mouvement politique des objecteurs de croissance,

François et Marie-Eve Lapy-Tries

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