Mouvement politique des objecteurs de croissance (mpOC)

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La nature sauvée par le capitalisme

mpOC | Posté le 4 mai 2011

Dans la série "La Terre est plate" [1], est paru le 16 avril un article sur causeur.fr intitulé : "Le capitaliste est écologiste par nature".

Il est tellement simple de voir le monde en noir et blanc : vous êtes anti-capitaliste, donc vous êtes communiste. Les décroissants sont anti-capitalistes, donc ils sont communistes. Et quand on sait quels dégâts sur la nature ont causé les régimes qui se réclamaient du communisme, il est facile de gloser sur l’inconséquence des objecteurs de croissance qui prétendent sauver la planète en s’opposant au capitalisme, et de "démontrer" que par conséquent rien n’est plus efficace que le libre marché pour préserver l’environnement. C’est aussi commode qu’un raccourci et plus propre qu’une voiture verte.

Mais c’est oublier un peu vite que la croissance s’est faite en considérant les ressources environnementales comme illimitées et surtout gratuites (en tout cas pour l’air [2] et jusqu’à récemment, pour l’eau), permettant ainsi d’exploiter ces ressources en y externalisant à bon compte tous les déchets de production et de consommation. Dans une étude décrivant les coûts environnementaux de la mondialisation économique depuis 1961, l’Académie nationale des sciences américaine a montré que 42% de la dégradation à travers le monde était due à l’activité des pays les plus riches alors que ceux-ci n’avaient assumé que 3% des coûts qui en résultaient. Voilà à quel horizon se limite la nature écologique du capitalisme : celui du moindre coût.

C’est oublier aussi que la croissance annule systématiquement tous les gains obtenus en efficience énergétique et en utilisation de matières. Au cours des 30 dernières années, l’intensité carbone des processus de fabrication a été améliorée de 40%. Dans le même temps, le PIB mondial a été multiplié par 3. Résultat : nous émettons aujourd’hui 1,9 fois plus de GES qu’en 1980, du fait de la croissance dont le capitalisme ne peut se passer sous peine d’assèchement.

Un article visant à démontrer le caractère naturellement écologique du capitaliste doit faire feu de tout bois sans lésiner sur les amalgames pour arriver à conclure que " les solutions – les vraies, les bonnes et les durables – sont à chercher dans le cadre d’une économie de marché et pas dans les délires totalitaires des nostalgiques staliniens et autres décroissants." La terre est plate, le nucléaire est sûr, l’économie de marché préserve la planète et les décroissants sont staliniens ; la messe est dite.

Une petite remarque pour conclure : Marx, ici récupéré comme l’effigie du Che l’a été par les fabriquants de t-shirts [3], et sans doute soutenu par l’auteur pour prouver sa largesse d’esprit, n’a certes jamais condamné le productivisme. Mais si je peux concevoir un communisme fonctionnant hors de la logique productiviste, j’ai beaucoup plus de mal à imaginer le capitalisme dans la même configuration. A n’en pas douter, l’auteur de cette xième tentative de verdurisation du capitalisme connaît un blocage intellectuel lorsqu’il est confronté à la suite logique "capitalisme => croissance => pollution".

Marc De Spiegeleer

Notes

[1Ce classement est personnel. J’ai hésité entre celui-ci et "Mythes urbains : le mythe du bon capitaliste"

[2quoique... récemment, dans une station d’essence autoroutière, j’ai eu la surprise de constater que le gonflage des pneus était tarifé à 0,5€ la minute. Pas à donner à un quelconque employé inexistant, mais à mettre dans la machine avant utilisation. Peu habitué à fréquenter ces lieux, je ne sais pas depuis combien de temps ce service n’en est plus vraiment un

[3l’article est sous-titré "Marx avait raison, contrairement aux marxistes"

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