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Non, le coronavirus n’invalide pas la réflexion politique !

mpOC | Posté le 5 mai

Réaction de notre porte-parole, Bernard Legros, à l’article de Jean-François Kahn « Ça tombe bien, c’est ce que j’ai toujours dit… », paru dans le journal Le Soir le 28 avril 2020.

En ces temps bousculés, éditorialistes infatués et autres producteurs d’idées appointés des grands médias se réjouissent de ce que le caractère inédit de la pandémie aurait pour vertu d’invalider toutes les analyses politiques antérieures, de jeter à la poubelle les « marottes » de tous les partis. Tout le monde se tromperait, ricanent-ils : la gauche et la droite (avec les variantes extrêmes), les écologistes, les décroissants, les nationalistes, les républicains, les monarchistes, les libéraux, les marxistes, les anarchistes, etc. Le vieux fantasme de la table rase revient sous de nouveaux atours. Balayez-moi tout ça, décernons des mauvais points à tour de bras tout en faisant preuve d’humilité, évitons les extrémismes et soyons raisonnables ! Cette posture se présente de prime abord comme lucide, mais elle est fausse et méprisante à la fois. Un virus aurait-il aussi la capacité de révoquer 300 ans de philosophie politique ? Si c’était le cas, que nous resterait-il pour penser notre monde, pauvres de nous ?

Dans Le Soir du 28 avril (« Ça tombe bien, c’est ce que j’ai toujours dit… »), l’octogénaire Jean-François Kahn monte dans son hélicoptère pour observer la scène politique de toute sa hauteur hautaine, et personne ne trouve grâce à ses gros yeux sévères. Il demande à tout le monde de remettre en cause ses certitudes, en omettant de d’abord montrer l’exemple. Car JFK oscille entre deux certitudes, celle du juge infaillible des autres et celle d’un Socrate des temps postmodernes qui se vanterait de ne pas savoir, lui ! Certes, nous lui concédons qu’il y a de quoi se gausser avec les déclarations de beaucoup de mandataires politiques. Mais au lieu de clamer que tout le monde a tort, mieux vaudrait voir que (presque) tout le monde a en partie raison. La pandémie de coronavirus a plusieurs causes que diverses sensibilités politiques ont bien cernées : le réchauffement climatique, le libre-échange, la suppression des frontières pour faire circuler marchandises et flux touristiques de masse, le capitalisme et la mondialisation, bien évidemment que tout cela a concouru à la situation actuelle ! Là où JFK se plante magistralement, c’est en parlant des décroissants, qu’il déteste autant qu’il les méconnaît : « Le "décroissant" explique qu’il faut cesser toute activité économique  », écrit-il laconiquement. Allons, M. Kahn, aucun décroissant sérieux ne soutiendra qu’il faut totalement arrêter la production, mais seulement la production destructrice et spoliatrice, ainsi que la spéculation financière, choses qui représentent tout de même la majeure partie du circuit économique aujourd’hui. Nous attendons maintenant avec impatience dans une prochaine chronique les analyses pénétrantes et les bonnes recettes de M. Kahn et de son CRREA (Centre de réflexion et de recherche pour l’élaboration d’alternatives) pour nous sortir de la panade. Hue, dada !

Bernard Legros, mai 2020.

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