Mouvement politique des objecteurs de croissance (mpOC)

Accueil du site > Ressources > Repenser l’économie

Repenser l’économie

mpOC | Posté le 16 janvier

Des économistes résistants à l’uniformité en sciences économiques ont créé un réseau mondial nommé Rethinking Economics. Petit descriptif d’Alain Adriaens.

On sait que la logique de surconsommation et de production sans limite qui anime nos sociétés se base sur un postulat non démontré (et au contraire contesté par les études sociologiques et anthropologiques) : le bonheur des humains serait dû quasi uniquement à l’accumulation de richesses matérielles. Cette hypothèse dogmatique sous-tend l’utilitarisme, cette théorie qui est l’idéologie à la base des options de l’économie classique.

Résistance

Notre société étant dominée par le néolibéralisme, la théorie économique utilitariste est quasiment la seule à être enseignée dans les universités et hautes écoles de commerce. Cette « dictature » de la pensée unique est de plus en plus contestée et au niveau international. Dès lors, des économistes résistants à l’uniformité en sciences économiques ont créé un réseau mondial nommé Rethinking Economics. En ce début 2017, 80 étudiants, chercheurs et professeurs en économie, membres de l’antenne belge de Rethinking Econonomics ont mené une action symbolique et originale. Ils ont placardé 70 thèses sur les frontons des facultés d’économie de l’UCL, l’ULB, l’Université Saint-Louis, l’Unamur, l’UGent et la KULeuven. Ce geste rappelait l’action de Luther qui, il y a 500 ans, placardait ses 95 thèses sur l’église deWittemberg, ce qui fut le début de la réforme protestante qui allait conquérir bien des régions d’Europe et puis du monde. Ces sympathiques imitateurs dénoncent vigoureusement la mainmise de l’économie classique sur la formation en sciences économique : « Les études économiques présentent (…) une certaine particularité : s’y font face davantage qu’ailleurs une approche dite orthodoxe, majoritaire ou néoclassique de l’économie, qui détient un quasi-monopole sur la recherche et sur l’enseignement, et différents courants hétérodoxes qui peinent à se faire une place dans les programmes et les manuels de cours. »

La sacro-sainte croissance remise en cause

On ne sait si les placards de ces modernes réformateurs auront autant d’effet que ceux de Luther, mais on ne peut que l’espérer. En effet, à côté de ce geste médiatiques Rethinking Economics Belgium organise des réflexions de fond fort intéressantes qui ne peuvent que réjouir les objecteurs de croissance. Ainsi en 2017, furent organisées des activités abordant des thèmes tels que « La mondialisation financière » avec Benjamin Peeters (Université Saint-Louis), « Introduction à l’économie écologique  » avec Tom Bauler et Géraldine Thiry, «  La croissance et la décroissance » avec Olivier Malay (UCLouvain), « La théorie de la valeur  » avec Mathieu Sauvenier (UClouvain), « Les coopératives bancaires  » avec Bernard Bayot (Financité).

Pour que de telles approches puissent avoir droit de cité, les jeunes économistes ne doivent évidemment plus subir un strict formatage néo-classique. Dans cette optique, les économistes de Rethinking Economics ont 3 revendications :

  • 1) l’inclusion dans les programmes de théories issues de courants comme l’économie post-keynésienne, l’économie écologique, le marxisme, l’école autrichienne, l’économie des conventions, etc., ce qui nécessite des professeurs formés pour les enseigner ;
  • 2) l’ouverture à des méthodologies qualitatives ou historiques, ainsi que susciter les démarches interdisciplinaires ;
  • 3) que les manuels de cours, particulièrement dans le bachelier, soient repensés pour intégrer les deux premiers éléments.

On doit espérer que cette volonté d’ouverture soit entendue par nos autorités académiques.

Alain Adriaens

Mots-clés :  -
 
SPIP | Espace privé | Plan du site | Mentions légales | creative common | Suivre la vie du site RSS 2.0