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Un front peu commun. CETA, TTIP, fini ou pas fini ?

mpOC | Posté le 6 novembre 2016

Communiqué de presse du mpOC du 6 novembre 2016

Un front peu commun. CETA, TTIP, fini ou pas fini ?

Un front peu commun

Depuis près de 3 ans s’est mise en place en Belgique une coalition qui s’est appelée Alliance d19-20. Ce nom un peu étrange vient de la date des 19 et 20 décembre 2013, lorsque l’Alliance a mené sa première action contre la ratification du Traité d’Austérité européen. Ce jour-là près de 200 manifestants passèrent quelques heures au poste car ils avaient osé s’approcher trop près du Palais d’Egmont où des grosses légumes signaient ce Traité. Le combat s’est par la suite orienté contre les traités de libre échange par lesquels s’approfondit la domination néolibérale. Le commerce international sans aucune entrave est en effet le moyen imaginé pour relancer la croissance, ce mythe des sociétés productivistes.

L’Alliance d19-20 s’est donc fixée deux objectifs : lutter contre les politiques d’austérité, décrétées partout en Europe, et contre la généralisation de traités de libre échange, surtout dans la variété dite de nouvelle génération, créant des marchés « uniques » et subordonnant toutes les règles et législations nationales aux intérêts « supérieurs » du commerce et de ses agents, les multinationales. Chacun sait aujourd’hui à quoi ont mené trois années de lutte : la contestation, pendant quelques jours, par les Parlements et gouvernements francophones du CETA, le traité de libre échange avec le Canada. S’il est vrai que Paul Magnette a rejoint Tsipras sur la liste de ceux qui ont dû plier (mais pas rompre ?) devant les exigences de la commission européenne (bien aidée par les forces néolibérales au pouvoir au niveau fédéral belge). L’avenir nous dira si cette résistance exemplaire a réellement « fait bouger les lignes » et si d’autres pays et d’autres peuples comprendront les effets néfastes de ces traités sur leur vie quotidienne. En tout cas, en Belgique, les débats furent animés et lors des commentaires, tous, même les libéraux satisfaits du « retour à l’ordre », rendirent hommage à la mobilisation exemplaire de la société civile.

D19-20 est central dans cette mobilisation qui ne s’est pas limitée au mois qui précédait la signature du CETA et la résistance de la Wallonie et de Bruxelles : depuis 3 ans, se multiplient les actions. Au-delà de leur succès, c’est le processus qui s’y déroule qui nous paraît le plus important. En effet, la grosse centaine d’organisations membres représentent tout ce qui agit et réfléchit en vue d’aller vers un monde moins moche : associations sociales, environnementales, de coopération nord-sud, de consommateurs, syndicats, mutuelles, paysans (hors Boerenbond), maisons médicales, jeunesses de partis, mouvement ouvrier et… décroissants : tous se retrouvent pour agir ensemble. Evidemment, cela n’est pas des plus simples. Nous nous souvenons de réunions où les tensions étaient grandes mais au-delà de cultures d’action fort différentes, la volonté de collaborer permet de dépasser les clivages. Ainsi, par exemple, une des dernières actions, celle du 20 septembre contre le CETA aurait dû choisir entre une manifestation promenade habituelle pour les syndicats et des actions de désobéissance chères aux jeunes en colère. On trouva le compromis : une manif en fin d’après midi pour 20.000, une soirée festive pour 500, une nuit debout pour 30 déterminés, rejoints le lendemain matin part 30 autres pour une « casserolade » sous les fenêtres des négociateurs. Chacun pouvait trouver son créneau d’action favori.

Au fil de ces préparations, rencontres, actions.., des personnes fort différentes apprennent à se connaître, à se respecter. On voit ainsi émerger des figures qui, sans être des gourous, gagnent la confiance des autres. Cette mouvance hétéroclite, dont on doit espérer qu’elle subsistera au-delà des succès et des échecs, a même trouvé son hymne. Aux oubliettes L’Internationale, dépassée La Marseillaise, mises de côté Bannera Rossa et Bella Ciao, voici le temps de « Do you hear the people sing ? (1) » .

Le vendredi noir de la reddition wallonne, près de 200 jeunes ont entouré l’entrée du Berlaymont, siège de la Commission (https://ttipgameover.net/blog/actio...). Cette fois, Yvan Mayeur, le bourgmestre de Bruxelles, ne les a pas fait déloger par ses forces de police (signe, aussi, d’un changement du rapport de force ?). Comme on demandait d’où sortaient tous ces jeunes déterminés, main dans la main, symboliquement bâillonnés par les rubans TTIP free zone, on nous répondit : COMAC (jeunes du PTB, héritiers du communisme), JOC Jeunes Organisés et Combatifs, héritiers de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne), etc. , : chrétiens et communistes unis dans une lutte contre un ennemi commun. Nous nous sommes demandé si cela s’était produit souvent depuis 1945…

CETA, TTIP, fini ou pas fini ?

Dans l’imbroglio et la précipitation créés volontairement les derniers jours pour sortir d’une pression politique grandissante, il y a certes de quoi se poser la question, tant les propos et les analyses paraissent contradictoires. Pourtant, une seule conclusion s’impose : le combat n’est pas fini. Ne nous trompons pas, malgré ce qu’on nous donne à voir à travers de nombreux raccourcis médiatiques qui, à tout le moins, démontrent le plus souvent l’impréparation journalistique sur un sujet complexe, le processus de ratification du CETA, extrêmement alambiqué, prendra encore des années même s’il pourrait produire des effets plus rapidement. L’Europe en espère trop (en vain selon nous et divers analystes) pour gagner les points de croissance qui lui font défaut. Les « gains » engrangés en Belgique (oui, oui, il y en a) ne seront acquis définitivement que s’ils sont effectivement suivis d’effets et ils ne le seront que si la pression se poursuit tant chez nous que dans d’autres pays européens. Il y a là de nouvelles alliances transnationales à créer. Enfin ces « gains » sont largement insuffisants au regard du défi sociétal qui nous attend tous de part et d’autre de l’Atlantique, si nous voulons reprendre la main sur notre destinée humaine alors que la crise écologique s’aggrave plus que jamais. Le combat contre le CETA a démontré, une fois de plus, l’incapacité de nos sociétés occidentales à prendre ces défis en compte. C’est dire si la décroissance a encore énormément de boulot à réaliser et si nous devons nous organiser pour l’accomplir.

En ce qui concerne le TTIP, que certains prétendent moribond, l’avenir nous dira ce qu’il en est. Mais gageons dès aujourd’hui que les partisans du libre-échange ne se laisseront pas ainsi déposséder de leur mantra et qu’ils trouveront les manières de nous le resservir, éventuellement en en changeant le nom ou en passant par d’autres canaux. Nous avons déjà connu de telles pratiques par le passé. Notre vigilance est requise.

Reste que nous pouvons nous réjouir. Même si rien n’est encore acquis, les citoyens chez nous ont démontré leur capacité à se saisir d’un sujet complexe et leur volonté de donner un coup d’arrêt à une construction politique qui détruit le lien social et ce qui fonde nos solidarités. Certes, nous avons pu compter, pour faire émerger ce combat dans la sphère publique, sur de nombreux facteurs qu’on ne retrouve pas partout, comme la présence de nombreuses ONG actives sur ces questions depuis longtemps (pensons ici plus particulièrement au CNCD qui a su attirer notre attention sur le CETA alors que celle-ci était tournée vers le TTIP), ou encore les diverses opportunités politiques liées à une architecture institutionnelle particulière et à des représentations partidaires différentes entre Régions et Etat fédéral. Mais ces atouts ne seraient rien sans un éveil citoyen qui veut démontrer que des alternatives sont possibles et qui, d’ailleurs, les mettent en route sans attendre une victoire politique. Ils savent que c’est aussi dans le concret de la vie que l’Histoire se construit et que les changements importants s’établissent.

Comme mouvement, nous voulons remercier tous ceux qui se sont levés alors que beaucoup pensaient que c’était en vain. Nous sommes fiers d’avoir - un peu - contribué à la levée de quelques premières entraves. Nous resterons attentifs à la suite et à côté d’autres mouvements nous continuerons à construire des alternatives tant dans le concret de nos vies qu’en menant le nécessaire débat politique.

Pour le mpOC : Alain Adriaens, porte-parole et Michèle Gilkinet, co-secrétaire générale

(1) Tiré de la comédie musicale Les Misérables (https://www.youtube.com/watch?v=gpD....). dit « Do you hear the people sing, singing the song of angry men ? It is the music of the people who will not be slaves again !” (“Entends-tu chanter le peuple, le chant des hommes en colère ? C’est la musique de ceux qui ne veulent pas rester esclaves »).

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