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Pourquoi parle-t-on si peu de ce qui va bien en Syrie ?

mpOC | Posté le 30 mars 2016

Communiqué de presse du 28 mars 2016

Un front peu commun. CETA, TTIP, fini ou pas fini ?Mouvement politique des objecteurs de croissance 8 rue du Rondia 1348 Louvain-la-Neuve www.objecteursdecroissance.be info chez objecteursdecroissance.be

Pourquoi parle-t-on si peu de ce qui va bien en Syrie ?

La foudre qui a frappé notre quotidien, a tué trop d’innocents et a blessé la ville sensée incarner l’Europe est, de toute évidence, liée à l’orage qui s’est levé là-bas, dans un désert qui fut autrefois un croissant fertile. Surprise ? Pourtant, ce n’est pas un coup de tonnerre dans un ciel serein qui vient d’éclater. La guerre, là-bas, elle dure depuis longtemps. Pas seulement depuis que les Bush, père et fils, ont fait lever la « Tempête du désert ». Le feu couve depuis que Messieurs Sykes et Picot ont, d’un trait de plume rectiligne, ignorant les limites naturelles, culturelles, ethniques, dépecé l’empire ottoman et tracé des frontières sources d’inévitables conflits à venir. « Ils ont partagé le monde, dénonce Tiken Jah Fakoly (https://www.youtube.com/watch?v=DLH...) et ils s’étonnent que nous soyons désunis… ».

Tentation de l’innocence : eux, les méchants, amènent des bombes humaines dans nos métros et nous, les gentils… qui leur font livrer les bombes par de professionnels pilotes de F16. Certes, les victimes, d’un côté comme de l’autre, sont des innocents mais ceux qui acceptent la prophétie de la guerre des civilisations sont complices.

Et pourtant, là- bas, au nord de la Syrie s’est levé un vent d’espoir, dans une région qui s’appelle le Rojava. Une société écoféministe, démocratique, pluraliste s’y développe depuis plus de 15 ans. Des femmes kurdes sont à l’origine de cette expérience d’une grande originalité et qu’elles appellent le « confédéralisme démocratique ». Nos médias, toujours amateurs de spectaculaire, parlent un peu de leurs bataillons féminins, les YPJ (Unités populaires de défense des femmes), qui ont largement contribué à mettre la pâtée à Daesh et à libérer la ville martyre de Kobané. Mais ces modernes amazones ne sont que la partie visible d’une société où les femmes assument tout, à égalité (et même avec plus d’énergie et de détermination) avec les hommes. On ne parle pas trop de ce projet politique où des femmes musulmanes concrétisent lesidées de Murray Bookchin, cet Etats-unien père de l’écologie sociale et du municipalisme libertaire. Avec de telles références, pas étonnant que certains se méfient de ce qui se passe là. Des femmes musulmanes qui fréquentent une université où l’on débat avec passion des idées de Max Weber, Pierre-Joseph Proudhon, Simone Weil ou Rosa Luxembourg, cela sent le soufre chez les néo-libéraux. Deux journalistes allemandes qui ont visité le Rojava nous disent « Cette utopie proche-orientale qui répond au contre-modèle du « rêve califal » de Daesh, se fera encore beaucoup d’ennemis : dans leur ligne de mire, on trouve en effet les milices salafistes, les théocraties corrompues de la péninsule arabique, les États nations autoritaires, les structures tribales ou le ’’système-monde capitaliste’’ » (1) .

Notre modèle capitaliste, violemment attaqué par les djihadistes, n’est pas l’idéal qu’elles opposent à Daesh. Entre deux maux, elles n’ont pas choisi le moindre et ont osé et mis en œuvre une « troisième voie » que l’on recherche en vain chez nous. Pas sur que cet îlot de résistance dans une région si troublée survive longtemps temps… Mais pourquoi nos démocraties occidentales soutiennent-elles si peu cette société où, dans les assemblées démocratiques de quartier, les kurdes majoritaires réservent une surreprésentation aux représentant-e-s des communautés arabes chiites et sunnites, chrétiennes, turkmènes, azéri, yésidi, juive ?

Nos dirigeants s’avouent impuissants face à des jeunes, nés ici et tellement désespérés qu’ils tuent et se tuent parce qu’incapables de trouver un projet qui les mobilise, un projet autre que celui, mortifère, que leur propose l’islamisme fondamentaliste. Et pourtant ils n’osent pas (où ne veulent pas ?) voir qu’existe un autre modèle que celui de notre matérialisme égoïste et destructeur des écosystèmes qui permettent la vie sur Terre. Un tel modèle est en gestation dans des communautés au Chipas, dans les Andes, au Rojava… Ce dernier à l’originalité d’être porté par des femmes. Mais quoi de plus normal que, face aux adorateurs machistes de la mort, ce soient des femmes qui tentent de soigner la vie ?

Alain Adriaens, porte-parole du Mouvement politique des objecteurs de croissance


(1) HTTP ://WWW.FORUMCIVIQUE.ORG/FR/ARTICLES/KURDISTAN-LA-R%C3%A9VOLUTION-D%C3%A9MOCRATIQUE-DU-ROJAVA - KURDISTAN : LA RÉVOLUTION DÉMOCRATIQUE DU ROJAVA, LISA ET HEIKE SCHIEBECK*,9 MARS 2015

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