Mouvement politique des objecteurs de croissance (mpOC)

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Le XXIème congrès des économistes belges qui se tiendra le 26 novembre, inaugure-t-il enfin une mutation dans la manière de penser l’économie ?

mpOC | Posté le 23 novembre 2015

Communiqué de presse du mpOC du 22 novembre 2015

LE XXIÈME CONGRÈS DES ÉCONOMISTES BELGES QUI SE TIENDRA LE 26 NOVEMBRE, INAUGURE-T-IL ENFIN UNE MUTATION DANS LA MANIÈRE DE PENSER L’ÉCONOMIE ?

C’est en tout cas ce qu’espèrent les objecteurs de croissance, même si, à ce stade, nos doutes restent immenses sur la capacité de nos sociétés d’engager à temps l’ensemble des mécanismes nécessaires à une mutation résolue. Car, qu’on ne s’y trompe pas, cette transformation est absolument nécessaire pour éviter un avenir très sombre. Soit on arrive à l’opérer rapidement de manière volontaire et nous avons une chance d’éviter la barbarie, soit cette dernière nous tombera dessus et il sera trop tard pour pleurer. Il ne fait aucun doute que l’économie doit se remettre au service des femmes et des hommes. Nous devons d’urgence sortir de la vision de « l’homo oeconomicus  », cet idiot égoïste et théoriquement rationnel, modèle imposé par une société basée et organisée autour du concept d’une croissance économique sans fin comme remède universel aux malheurs des Hommes. Ce concept est dangereux et même mortifère, comme en témoigne la majorité des analyses économiques sérieuses.

À travers le programme de ce congrès, on peut se rendre compte combien les interrogations sur la croissance traversent enfin clairement notre temps, y compris jusqu’aux économistes les plus cornucopiens (1). Il n’y a pas une commission qui ne l’examinera pas, par un biais ou un autre, la quatrième osant même, pour la première fois dans ce type de congrès (2), poser une question essentielle à notre avenir : « Quelle économie dans une ère post-croissance  ? ».

La presse non plus ne s’y trompe pas, elle qui titre à propos du congrès :

On le voit, nous sommes à l’heure, si pas encore d’une transformation volontaire radicale, au moins aux interrogations claires alors qu’il y a quelques années seulement le seul fait de poser ce genre de question relevait d’un crime de lèse-majesté, voire du sacrilège.

Certains faits pourtant nous semblent encore largement ignorés ou oblitérés dans ce colloque et nous nous en inquiétons. Ils relèvent pourtant directement de l’analyse économique. Il en va ainsi notamment de la question des différentes ressources non renouvelables dont notre économie est si vorace (nous pensons notamment aux terres rares, ces minerais dont l’économie dite de la connaissance, liée à ce qu’on appelle communément la révolution numérique). Il en va encore des pics annoncés des différentes énergies fossiles dont notre alimentation est si dépendante puisqu’aujourd’hui nous utilisons environ 10 calories d’énergie pour produire une calorie alimentaire (alors qu’en 1940 une calorie d’énergie en produisait 2,3 ). Ce simple fait montre à quel point notre système alimentaire ne peut perdurer. Il faut ajouter le constat que les calculs montrent que l’alimentation, du champ à l’assiette, est responsable de quasi la moitié des émissions de gaz à effet de serre d’origine anthropique. On voit donc à quel point il est temps de réintroduire dans les analyses des économistes la nécessité d’un retour en force du secteur primaire, pour la part relative à notre alimentation et d’aller vers d’autres pratiques, telles que l’agroécologie ou la permaculture, pratiquées par une agriculture paysanne et non plus industrielle. C’est indispensable si nous voulons parvenir, pour tous, à une alimentation saine couvrant l’ensemble des besoins de base.

Dans un article récent, « Croissance, un culte en voie de disparition », écrit pour Le Monde diplomatique , Jean Gadrey, économiste français qui se consacre depuis quelques années à des recherches sur les indicateurs de richesse et les limites de la croissance économique annonce : « Quand bien même la croissance reviendrait dans les pays développés, elle empêcherait d’atteindre les objectifs climatiques  ». Il y rappelle les travaux du statisticien et économiste Michel Husson avec son abaque climatique . Ce dernier y établit des projections assez simples pour déterminer le taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) mondial (ou du PIB par tête) compatible avec les différents scénarios du GIEC d’ici à 2050. Une conclusion se dégage : « Le résultat d’ensemble est tout à fait alarmant puisque l’objectif-plancher du GIEC ne peut être atteint que par une combinaison d’hypothèses très optimistes sur le rythme de réduction de l’intensité-CO2 du PIB et l’acceptation d’un ralentissement marqué de la croissance du PIB par tête… ». Une croissance verte est donc un mythe. Elle est tout simplement impossible, même en recourant à une économie circulaire à grande échelle. Nous devrons donc dépasser ce nouveau mirage d’une solution technologique à l’impasse actuelle et, si nous voulons garantir un avenir digne à l’ensemble de l’humanité, oser renoncer à un système économique et social quasi exclusivement articulé autour de la croissance.

Les valeurs de demain doivent être sobriété, résilience et équité. Est-ce la conclusion à laquelle aboutira le colloque des économistes belges de langue française ? En tout cas, c’est ce que les objecteurs de croissance observeront avec intérêt, tout comme d’ailleurs l’allocution de clôture du Vice-Président du Gouvernement wallon et du Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Jean-Claude Marcourt. Qui sait ? Peut-être nous donnera-t-il enfin un autre son de cloche que celui, désespérément retardataire, de Paul Magnette lors des Fêtes de Wallonie . Les hommes et femmes politiques ont évidemment leur part de responsabilité sur cette question et jusqu’ici en Belgique à notre grand désespoir aucun ne semble la prendre.

Indépendamment des résultats de ce colloque, les objecteurs de croissance poursuivront, avec tous les moyens possibles, la mise en place d’alternatives à même de rencontrer les défis réels auxquels nous sommes confrontés, espérant que nos efforts permettront si pas une transformation pacifiée du moins une atténuation des chocs qui nous attendent.



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