Mouvement politique des objecteurs de croissance (mpOC)

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L’Escargot déchaîné n° 25

mpOC | Posté le 28 septembre 2015

Simplicité volontaire versus politique ?

Souvent ai-je entendu, dans les réunions d’objecteurs de croissance (OC), l’avis suivant : « La simplicité volontaire ne changera rien, c’est faire de la politique qui compte ! ».

Quoi d’étonnant que ce genre de trait vienne surtout de la part de personnes qui pratiquent peu ou pas la simplicité/sobriété volontaire, façon bien commode de défendre ses choix personnels à travers une petite phrase-choc à coloration politique. Car les OC équipés de bagnoles, TV et autres TIC (ordinateurs, smartphones, tablettes, etc.) ne sont pas rares. Cherchons l’erreur ! Bien sûr, nous sommes tous obligés — moi le premier qui vous écris depuis mon traitement de texte — de faire des concessions à la Mégamachine, avec gêne et parfois même la mort dans l’âme. N’empêche qu’il subsiste toujours une marge de manœuvre individuelle que nous aurions tort de négliger. À tout le moins devons-nous mettre en question entre nous nos modes de vie, sans pour autant tomber dans les comparaisons agressives ou le jeu du « plus décroissant que moi tu meurs ». À une condition : être capable de réprimer le tropisme individualiste, hélas ! bien trop présent chez les militants .

Nous devrions donc tous pratiquer la simplicité volontaire, parce qu’elle est à portée de nos bras et ne dépend, en principe, que de notre décision propre. Soit. Mais ne nous arrêtons pas en si bon chemin et ne nous contentons pas des petites rivières qui font les grands fleuves. L’exercice de la politique, en démocratie la plus directe possible, est un autre objectif des OC. Il implique la difficile confrontation avec d’autres altérités qui manifestent, au-delà des idées partagées (à bas la croissance !), des petites différences — éventuellement narcissiques, aurait dit le père Freud — qui n’en représentent pas moins des obstacles à surmonter pour arriver à une action commune dans un contexte d’incertitude et de divergences morales. L’action n’est possible que si le groupe a fini par surmonter ses désaccords pour arriver à un consensus. Certains militants qui promeuvent systématiquement la culture du dissensus se trompent de cible. Ce n’est pas prioritairement dans notre cercle fermé qu’il faut l’encourager, mais d’abord à l’égard de nos adversaires. Ergoter entre nous à l’infini mène au découragement et à l’impuissance. Par exemple, à force de s’obnubiler sur les procédures, on perd de vue le but, et nos opposants s’en réjouissent…

La politique particratique méprise ceux qui cherchent à s’émanciper de son carcan. « La décroissance, combien de divisions ? », ricanent ceux qui ne jurent que par les urnes. Les ignorer ne nous rend cependant pas la tâche plus aisée, que du contraire, entre autres pour les raisons décrites ci-dessus. Rendre la politique au peuple, d’accord, encore faut-il que celui-ci veuille s’en saisir. Là réside notre délicate mission : rendre à nouveau désirables nos façons de vivre alternatives et manifester notre essence de zoon politikon (cf. Hannah Arendt), tellement entravées par nos activités professionnelles dévorantes et nos (pré)occupations familiales. Une nouvelle économie du temps est indispensable : réduction collective du temps de travail le plus vite possible, voire allocation universelle , pourvu que les sociétaires retrouvent le goût et l’énergie de se rassembler pour d’autres raisons que leur profession et leurs loisirs (qui ne sont que l’envers du labeur économique). S’ils y trouvent du plaisir, tant mieux, mais qu’ils s’attendent aussi à des déceptions, des tracas et des conflits, tel est le prix de la politique. Pour surmonter la perspective de ces aléas, reste ce sens du devoir qui a si mauvaise presse dans notre dissociété libérale-hédoniste. Il n’y aura pas de changement politique sans changement culturel. Pour ce, retournons aux œuvres philosophiques, lisons-les, réfléchissons-y, faisons-en une saine publicité (au sens premier du terme), échangeons, débattons. Le patrimoine intellectuel de l’humanité est une mine d’or. Soyons-en les orpailleurs.

Bernard Legros porte-parole du mpOC

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