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Un centre commercial économiquement viable ... pour qui ?

Namur | Posté le 16 septembre 2012

Il est possible qu’un centre commercial soit économiquement viable pris isolément, mais quelles en seraient les conséquences pour les autres ?

Le promoteur a fait ses calculs à lui, on peut a priori lui faire confiance pour défendre son intérêt particulier à court terme, mais l’intérêt général et à long terme lui est étranger. Par contre, les pouvoirs publics se doivent de défendre l’intérêt général qui n’est pas la somme des intérêts particuliers, et de considérer les conséquences à long terme qui sont souvent contradictoires avec le court terme.

Namur compte actuellement 50.000 m2 de superficie commerciale, le nouveau centre commercial en ajouterait 20.000 m2. Ce n’est pas une petite augmentation de l’offre commerciale, mais presque moitié plus ! Quel impact cela aurait-il sur les commerces existants ?

Il est probable que les loyers des autres commerces namurois baissent, principalement dans les rues moins bien situées, mais ces commerces existants ou s’y installant seraient-ils pour autant viables ? Si les loyers baissent de 20% et que le chiffre d’affaires (les ventes) baisse lui aussi de 20%, le commerce n’est pas simplement également viable, mais accuse une perte car les loyers ne sont qu’une partie des charges (auxquelles il faut ajouter les charges salariales, les consommations, les frais fixes...) alors que les recettes, elles, seraient en baisse. Globalement, le commerce serait perdant, tout comme votre ménage le serait si le loyer de votre logement baissait de 20% et que votre salaire baissait lui aussi de 20%, car vous devez toujours vous déplacer, chauffer, nourrir, vêtir... au même prix.

On ne parle encore ici que du commerce à Namur, mais qu’en serait-il des commerces aux alentours, dans la zone de chalandise ? Rappelons que les pouvoirs publics se doivent de défendre l’intérêt général à long terme et c’est bien de cela qu’il s’agit ici. Pour cela il faut considérer la situation économique globale, comme le dit l’adage « penser global, agir local ». Et là c’est une toute autre affaire ! Car les achats qui se feront au centre commercial ne se feront pas ailleurs, votre salaire n’augmentant pas que du contraire puisque nous sommes en crise économique profonde et chronique depuis l’automne 2008 (2007 aux USA) ce qui n’est pas près de s’arranger avec les politiques d’austérité provoquant encore plus de crise comme on l’avait constaté dans les années 1930 et comme on peut le constater maintenant à nouveau en Grèce, Espagne, Irlande, Italie... Cette crise ne tombe pas du ciel, elle est le résultat du manque de demande solvable c’est-à-dire de la baisse des salaires à parité de pouvoir d’achat (corrigé de l’inflation) et de la privatisation de services autrefois publics.

Quand bien même on ne serait plus en crise profonde et chronique, on peut comparer avec les années 1960 et suivantes qui ont vu l’apparition en masse de super-marchés qui ont tué les commerces de proximité, qui ont mis en concurrence déloyale des petits commerçants et des multinationales championnes du dumping fiscal, salarial, social, environnemental. Entre un fournisseur ou un politicien pourvoyeur de subsides ou cadeaux fiscaux et sociaux et un petit commerçant le rapport de force est très défavorable comparé à une multinationale qui peut imposer ses conditions, se payer des bataillons des meilleurs fiscalistes et juristes, se payer des lobbies pour changer les lois à leur avantage, faire du chantage à la délocalisation...

Au final qui sera « gagnant » ? À court terme, le promoteur immobilier, ses actionnaires et prêteurs qui s’empresseront de revendre leur « création » au meilleur de sa forme comme ils l’ont toujours fait. À moyen terme peut-être l’une ou l’autre multi-nationale de la distribution avec quelques emplois précaires. Mais les perdants seront les commerces et entreprises de proximité et à taille humaine, les commerces dans votre village ou votre quartier, leurs fournisseurs et employés c’est-à-dire vous ou votre voisin.

Jean-Christophe Godart

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